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The Adversary
Dans sa plus ancienne apparition, au Livre de Job, Satan n’est pas l’ennemi de Dieu mais son employé : ha-satan n’est pas un nom mais une fonction — l’accusateur, le procureur de la cour céleste, qui éprouve si la droiture de Job est réelle. Le plus glaçant, dans la première apparition du Diable, c’est qu’il est sur la liste de paie. Tout le reste n’est que le chemin parcouru depuis ce prétoire.
Il obtient son origine par accident. La raillerie d’Isaïe sur la mort d’un roi de Babylone, « Te voilà tombé du ciel, astre brillant », devient, par le mot latin Lucifer qui désigne l’étoile du matin, la chute du plus lumineux des anges pour le péché d’orgueil. La guerre dans le ciel se construit dans les siècles qui séparent les deux Testaments, et l’Apocalypse finit par souder quatre choses distinctes — dragon, serpent, Diable, Satan — en un seul ennemi nommé, que Michel précipite en bas.
L’islam le raconte dans un autre ton : Iblis, fait de feu, refuse de s’incliner devant Adam pétri d’argile, damné, disent certains soufis, pour avoir refusé d’adorer autre chose que Dieu. Le serpent d’Éden est enrôlé rétroactivement ; le tentateur du désert offre au Christ tous les royaumes du monde ; et le Diable passe de sceptique de prétoire à prince de ce monde. Sa cour se remplit des dieux rétrogradés des religions plus anciennes, et ses cornes et ses sabots sont volés à Pan et aux vieux seigneurs cornus.
Puis un poète anglais aveugle lui donne les plus belles répliques de la langue, et les romantiques relisent le grand rebelle en héros de la liberté. La vérité la plus profonde de cette biographie : le Diable est un miroir qui tourne avec les époques, l’ombre que chaque foi projette de ce qu’elle redoute le plus de devenir, et il tient compagnie, dans cette archive, à Yaldabaoth, Ahriman, Mara, Loki et Seth. Le méchant le plus célèbre du monde n’a jamais été un monstre tapi dans le noir. Il était celui qui, dans le miroir, vous demande si votre droiture est réelle.
Les personnages
Satan
L’Adversaire · l’accusateur
Dans sa forme la plus ancienne, il n’est pas l’ennemi de Dieu mais son procureur : une fonction, l’accusateur, un officier de la cour céleste. Mille ans ont fait de ce rôle l’ennemi cosmique de tout ce qui est bon.
Lucifer
L’étoile du matin déchue
Le plus beau nom que le Diable ait jamais porté, emprunté par accident à une raillerie contre un roi de Babylone, et, chez Milton, refaçonné en ce rebelle tragique que l’âge moderne a appris à admirer.
Iblis
Celui qui refusa de s’incliner
Dans la version islamique, l’ange de feu qui refusa de s’incliner devant Adam pétri d’argile, damné, disent certains soufis, pour ce qu’il croyait le plus pur en lui : n’adorer rien d’autre que Dieu.
Michel
Celui qui précipite le dragon
L’archange dont le nom demande « Qui est comme Dieu ? » — la réponse que les rebelles ont niée. Dans l’Apocalypse, c’est sa main qui jette le dragon hors du ciel.
Où ce récit se situe dans le temps
Le Diable est un composite : voici comment l’accusateur loyal de Job devint l’ennemi cosmique de Dieu, et ce que chaque époque a bâti en lui.
Voices in the Archive
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